Qu’est ce qu’un spécialiste en conflits relationnels ?

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(INTERVIEW)

Bruno Seguin, comment pourrait -on définir un thérapeute en gestion des conflits?
La préoccupation essentielle d'un thérapeute relationnel est de décoder un comportement vécu comme ayant des conséquences relationnelles négatives et permettre d'adapter différemment ce comportement à une situation donnée. La situation de crise n'est pas considérée comme la conséquence d'un psychisme perturbé, mais sous le biais d' un trouble de la communication au sein d'un environnement ou d'un contexte particuliers qu'il soit familial ou professionnel. Il faut bien comprendre que, dans un système relationnel, les fonctions psychiques de chaque membre conditionnent automatiquement les fonctions psychiques des autres membres, mais que cet impact est différent selon la place, le rang, l'histoire de chacun au sein d'une famille, d'une entreprise, d'un club.... Généralement, il existe une régulation réciproque perpétuelle au sein de tout système, mais les règles y sont généralement implicites, c'est à dire tenues pour acquises et allant de soi, donc pas expliquées. En situation de crise propre au développement de chacun (naissance, adolescence, retraite, besoin de solitude, départ des enfants....) et face aux aléas de la vie (décès, chômage, achat de maison, accidents, divorce, plan de restructuration, changement des règles...), la structure en place a bien souvent du mal à s'adapter, et c'est souvent un membre de cette structure qui va absorber le dysfonctionnement par un comportement perçu alors comme inadapté, mais qui exprime le reflet d'une souffrance. (troubles de comportements, troubles alimentaires, troubles relationnels, inadaptation aux changements, conduites addictives, burn out...).

Pouvez-vous nous dire comment vous êtes devenu expert en résolution des conflits relationnels?

Le devient-on ou l’est-on pour reprendre Carl Rogers?

Concrètement, après des études universitaire en sciences politiques et en sociologie, le monde des relations entre les individus m’a immédiatement intéressé. Je suis rapidement devenu coach sportif dans un centre thermal, ma fonction étant celle d’établir la connexion entre l’esprit et le corps dans un souci de bien-être et d’équilibre et dans le même temps de gérer l’équipe en place. J’ai suivi ensuite une formation auprès de l’institut Antoine Guichard, en management et gestion des conflits pour devenir, pendant des années, responsable des ressources humaines puis consultant en management auprès notamment de la grande distribution. La gestion des conflits, le recrutement, la formation, la prise en considération des plaintes et du mal-être des employés sont devenus mon lot quotidien. Dans ce processus logique de mon cursus, j’ai  repris mes études et j’ai obtenu mon diplôme de thérapeute conjugal et familial / gestion des conflits. Aujourd’hui je me tourne vers les formations qui associent neurosciences avec les thérapies existantes.

Vous savez, changer un peu le système relationnel entre les gens dans un souci éthique et de bienséance, c’est quelque part participer, même légèrement, à changer un peu le monde en mieux…et se tenir au courant en permanence notamment par des formations est une nécessité dans ce métier, notamment en ce qui concerne les avancées en neurosciences qui, sans s’opposer aux techniques thérapeutiques, peuvent au contraire les compléter et les rendre plus efficientes.

Quelle approche thérapeutique utilisez-vous, sachant qu’on reste souvent perdu devant toutes ces dénominations relationnelles qui apparaissent depuis quelques années, entre théories systémiques, structurales, transactionnelles, fonctionnelles, expériencielles, comportementales,stratégiques…?

C’est vrai qu’il est souvent difficile de se situer face à toutes ces approches qui foisonnent notamment depuis l’éclatement de l’école de Palo Alto, qui a initiée et développée la mouvance de ces théories. Le côté rassurant, c’est que la réussite d’un accompagnement passe essentiellement par un travail de réappropriation, de développement de son propre pouvoir thérapeutique. Un thérapeute en gestion des conflits relationnel doit savoir faire le deuil de sa toute puissance thérapeutique: Le défi de chaque instant demeure, à mon sens, dans le pouvoir d’aborder les problématiques de sorte de pouvoir agir de manière appropriée à chacune des situations, étape après étape…Aussi, pour reprendre votre question, si chaque école de pensées est importante, utile et éclairée, je pense que, pour une véritable prise en charge complète, il est nécessaire de faire un travail polyréférentiel, mais en commençant avant tout par établir une cartographie du fonctionnement relationnel propre à chaque individu et d’en faire ressortir les conséquences au niveau de ses relations. C’est un travail qui se fait en seulement deux séances en cabinet et qui constitue une base solide  qui permet la compréhension de son fonctionnement dans ses relations avec son conjoint, enfants, cercle professionnel, familial, amical…

Vous savez,  déchiffrer un système relationnel peut s’avérer être très complexe, mais quand on commence à percevoir les règles en place, on essaye d’établir un équilibre pour qu’il se réinstaure un partage équitable des possibilités d’avenir pour tous les membres en jeu. Comprendre un tel fonctionnement, c’est très souvent la clé pour résoudre bien des conflits, aussi bien au sein du cercle familial que dans le domaine des entreprises.

En dehors d’une crise de couple, de famille ou/et d’un comportement inadapté d’un membre de la famille, pourquoi faire appel à vous?

La question est intéressante parce qu’elle n’enferme pas cette discipline uniquement dans la résolution de crise de couple (qu’elle soit en amont ou en aval d’une séparation), dans des problématiques de comportements à risques des adolescents, voire dans les troubles alimentaires qu’ils soient d’ordre boulimique ou anorexique… On constate facilement des jeux de relations dysfonctionnant au sein d’une famille élargie, d’une entreprise, d’une association, sans parler des problématiques au sein des familles reconstituées et des questions de parentalité. Plus globalement, il est bien connu qu’un grand nombre de gens sont prêts à consacrer plus d’argent à se détruire par l’alcool, la nourriture, par un perfectionnisme épuisant ou le jeu, qu’à un accompagnement qui, peut-être, les sauverait, ou en tout cas, pourrait harmoniser leurs relations aux autres au sein de la famille, ou au sein d’une entreprise.

Il faut quand même avoir conscience que les problèmes qui existent en soi ou au sein d’une structure  ne peuvent pas être résolus par le niveau de pensée qui les a justement créés. Tout une série de conditionnements infantiles, familiaux, sociaux, économiques, aboutit à des conduites relationnelles automatiques, ce qu’on exprime souvent par le « c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’en empêcher ». Paradoxalement, ces mêmes conditionnements donnent l’impression durable qu’il y a forcément quelque chose de plus, un sens plus profond, une possibilité d’être bien dans sa peau et au sein de sa structure, au niveau de ses relations avec les autres.

Les moyens existent et je reste persuadé qu’ils sont  préférables à un déchirement familial, à l’explosion d’une fratrie, aux dégâts causés par la violence conjugale, au risque d’un licenciement et aux conflits permanents et certainement rapidement moins coûteux qu’un comportement à risque qui se répète en boucle.

Concrètement, comment procédez – vous?

Il est évident que la méthodologie employée est très différente selon son contexte, notamment dans le cadre d'une prise en charge familiale et lors d'une intervention en entreprise, que se soit sous forme d'audit, d'accompagnement ou de formations, même si le but reste le même, à savoir l'harmonisation des relations inter-personnelles.

Globalement et pour dépasser les spécificités contextuelles, je considère l’échange avec les membres d’une famille ou avec un seul patient notamment dans le cadre de conflit d’ordres professionnels comme une interaction sur la poursuite d’un seul objectif: l’arrêt d’une véritable souffrance émotionnelle.

Ceci posé, mon travail doit me permettre rapidement de déceler la problématique sous-jacente, souvent non exprimée (quand elle l’est, elle ne passe pas par les mots, mais par des maux comme la somatisation, des comportement révélateurs, des silences explicites, des oppositions…). Je dois percevoir qui souffre le plus de la situation décrite, qui pourrait éventuellement en tirer réellement profit, quelles problématiques s’agrègent réellement dans le symptôme déclaré, comme par exemple dans le cas d’infidélité d’un conjoint ou de crises de colère répétitives ou de difficulté dans la gestion de situation au stress…C’est ce qu’on appelle «avoir un symptôme» ou «être le symptôme», ce qui reste une différence de taille vous en conviendrez.

Pour bien comprendre une problématique dans sa signification et dans le cadre d’une consultation en cabinet, il m’arrive d’imposer trois séances minimum. Bien sûr, il est possible que des patients me sollicitent juste pour un conseil lors d’une seule et unique séance. Je ne parle pas alors de réel travail thérapeutique.

J’établie au terme de ses 2 ou 3  séances une structure concrète et visualisable par un croquis de la personnalité relationnelle de chacun qui permet d’expliquer les raisons d’une relation conflictuelle et source de stress dans un cadre précis.

Il est alors par la suite possible d’élaborer une stratégie de résolution spécifique suite à la recherche des « déclics relationnels » propres à chacun. Le processus de résolution peut être assez rapide. Je rappelle que nous ne sommes aucunement dans le cadre d’un travail de psychanalyse, mais sur une modification des conséquences émotionnelles et de comportements négatifs par rapport à des événements déclencheurs.

Pour résumer, je dirais que je suis plutôt adepte dans le cadre des consultations en cabinet, d’ une méthodologie courte, facilement compréhensible et rapidement assimilable, opérationnelle et aux résultats concrets.

Pour terminer, il me semble que vous portez d’autres projets professionnels, et toute comparaison évitée, je pense au psychologue pour autiste et écrivain Howard Butten qui devient le clown Buffo le soir?

Effectivement, ce projet s’inscrit dans la continuité de mon parcours professionnel. Je suis effectivement le clown «Mimosâme» au sein de l’association « lesmotssurpatteswordpress.com ». Suite à mes différents stages de formation propres à cette activité parallèle, je développe, en sus de mon activité  de gestion des conflits relationnel à Cahors et à Toulouse, la thérapie d’acceptation et d’engagement par le clown. Les techniques du clown sont de très bons outils thérapeutiques. Ils sont une invitation à se libérer des convenances, des archétypes et à s’accepter au delà des pressions extérieures. Le travail du clown dans un souci thérapeutique propose d’aller vers ses fragilités et ses faiblesses pour en faire des atouts au lieu de s’enliser dans des performances perpétuellement quantitatives. Ce travail et cette particularité propres au clown s’inscrivent particulièrement bien dans les thérapies comportementales et cognitives dites de 3ème génération, en centrant l’individu sur l’acceptation de ses émotions et de son engagement. Cette activité s’adresse à tous ceux qui veulent mieux s’affirmer dans leur vie quotidienne en passant par des exercices d’acceptation de Soi  et dans le plaisir intime de la découverte de son clown qui sommeille en chacun de nous. Elle se pratique en groupe de 10 participants maximum, à raison d’une séance par semaine.

Une conclusion?
Quelque soit le processus mis en œuvre dans le cadre de la gestion des conflits relationnels, je pense qu'il doit, dans tous les cas, permettre à chacun d'identifier, de reconnaître, posséder, accepter, transformer et intégrer ses ressources personnelles, afin de devenir plus complet sur le principe de maturation. Ce processus doit mener à la découverte des richesses nombreuses et variées dont chacun n'a pas toujours conscience. N'oublions jamais que ce qui n'est pas exprimé est destructeur...Il est difficile de dissocier comportement, pensées et émotions. Apprendre à maîtriser ses relations aux autres, à les rendre plus fluide est une ouverture vers un bien-être palpable et bien réel, que se soit dans le cercle intime que dans celui plus large du milieu socio-professionnel.

Carte prof

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